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Chers lecteurs, Un ouvrage intéressant à découvrir aujourd'hui : la Nova Instructio, de Spiridion. Comme vous le savez si vous suivez mon blog, cet été j'ai enseigné le clavecin, la basse continue et la musique de chambre lors d'une Académie organisée par l'ensemble Les Alizés. Un des groupes de musique de chambre (2 flûtistes à bec et une harpiste) devaient travailler avec moi la pièce "Ballo" d'Antonio Brunelli, compositeur, organiste et théoricien italien né vers 1577 et mort en 1630. Cette pièce est très abordable pour la basse continue et les dessus et elle se caractérise par des phrases courtes, avec une écriture en imitations, conclues le plus souvent par une cadence très caractéristique de la musique italienne dont voici un exemple ici : Vous avez donc ici 4 harmonies posées sur ré : un accord parfait majeur, une quarte et sixte (retard n°1), la sixte descend sur la quinte créant un frottement avec la quarte (= retard n°2), puis la quarte se résout sur la tierce majeure, créant à nouveau un accord parfait majeur. Tout ce cheminement harmonique est produit par les conduites mélodiques des deux voix de dessus que vous pouvez observer ici (les deux lignes du haut sont à lire en clef de sol, la troisième ligne en clef de fa puisque c'est la basse), avec la syncope très importante de la voix n°1. Le sol blanche est d'abord une sixte par rapport à la voix n°2 et une quarte par rapport à la basse (= retard de quarte et sixte), puis elle reste sur place tandis que la voix n°2 descend, ce qui crée une dissonance entre voix 1 et voix 2, tandis que par rapport à la basse on obtient une quarte et une quinte (= retard de quarte). Enfin, sur la quatrième noire de la mesure, nos deux voix de dessus font une belle sixte majeure la-fa# qui va très naturellement aboutir à une octave. On voit bien ici que le contrepoint crée l'harmonie : de la pensée horizontale (mélodique) découle une pensée verticale (harmonique). Continuons. Dans le Ballo de Brunelli, les formules mélodiques de cadences étaient laissées dans leur état rythmique le plus simple, un peu comme dans l'exemple. Or il y en avait une dizaine dans le morceau, aussi assez vite s'est posé la question de faire une ornementation de ces deux mélodies afin d'une part de les enrichir, d'autre part de les caractériser (plus ou moins brillantes et énergiques) et de les diversifier afin d'éviter des redites pouvant lasser à la longue. Et voilà pourquoi le Spiridion est entré dans la danse! Place à la présentation de cet ouvrage: Au XVIIe siècle, un musicien était à la fois interprète et compositeur, ce qui impliquait une maîtrise pratique aussi bien que théorique. Dans ce contexte, apprendre à improviser au clavier (orgue, épinette ou clavecin) reposait souvent sur l’imitation et la mémoire, plutôt que sur des règles écrites. Les manuels spécifiquement destinés à l’improvisation sont rares. L’un des plus intéressants est la Nova Instructio pro Pulsandis Organis (Nouvelle méthode pour jouer des orgues…), publiée entre 1670 et 1675 par Spiridion a Monte Carmelo, un moine carme, probablement actif en Allemagne du Sud. Ce recueil présente une collection impressionnante de plus de 1 250 courts fragments musicaux (cadences, ornements, motifs), ainsi que de petites pièces complètes (danses, canzonas, versets liturgiques). Le style s’inscrit dans la lignée de Girolamo Frescobaldi, grand maître italien du clavier, mais avec une orientation vers l’usage liturgique, comme c’était fréquent dans l’Allemagne du Sud. Peu de texte, beaucoup de musique : le manuel semble pensé pour des autodidactes souhaitant s’exercer seuls, à partir de modèles concrets. Et c'est une vraie mine d'informations pour la diminution et l'improvisation. Prenons par exemple la cadence dont nous parlions au début de ce post. Spiridion l'appelle "cadentia prima" et voici ce qu'il propose : Nous avons ici 9 exemples de réalisation de cette cadence (et ce n'est pas l'intégralité!).
Que peut-on en faire? - les instruments de dessus peuvent emprunter les formules de diminutions et essayer de les replacer dans leur morceau, soit en gardant la répartition des voix proposée par Spiridion et les formules complètes, soit en piochant quelques doubles par ci-par là si la proposition de Spiridion semble trop complexe). - les claviéristes peuvent s'entraîner à mémoriser les formules et les utiliser pour des improvisations ou éventuellement pour leur continuo s'il y a la place de caser quelques motifs sans empiéter sur les dessus - et puis pour tous : on peut, grâce à ce réservoir d'idées dans lequel on peut piocher à loisir, proposer d'autres réalisations. C'est donc un très bon moyen à la fois d'enrichir son vocabulaire musical en étant bien sûr de l'exactitude stylistique des formules mélodiques, de se libérer du texte écrit en étant capable de l'ornementer et enfin un excellent exercice de mémoire. Et vous avez également des petites pièces sympathiques à travailler. Que demande le peuple? Pour voir le texte original dans son intégralité, je vous invite à vous rendre ici : https://imslp.org/wiki/Nova_Instructio_(Spiridion) Et si l'édition originale de 1670 vous effraie, vous en avez des éditions modernes avec les exemples musicaux ici: partie 1 et 2 https://www.stretta-music.fr/spiridionis-a-monte-carmelo-nova-instructio-pars-1-e-2-nr-691940.html partie 3 et 4 https://www.stretta-music.ch/fr/spiridionis-a-monte-carmelo-nova-instructio-pars-3-e-4-nr-691942.html Bonne lecture!
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A proposParce que j'ai toujours aimé écrire. Et partager ma passion de la musique..... Categories
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